Les paramilitaires
"Durant un interrogatoire
antérieur à mon expulsion, la police m’a demandé
:
- Qui entraînent les paramilitaires ?
- Le Gouvernement, répondis-je.
- As-tu des preuves ?
- Si vous voulez m’écouter, je peux vous dire où,
quand, comment et pour qui les paramilitaires ont été
formés
et entraînés à Chenalho.
Ils n’insistèrent pas (…).
Le 12 janvier 1994, le président Carlos Salinas de Gortari imposait
une trêve entre l’armée mexicaine et les zapatistes
du Chiapas. Les militaires ne devaient pas attaquer les insurgés
indigènes. (…)
Les stratèges de la guerre de basse intensité déclarent
: « Le peuple est à la guérilla ce que l’eau
est au poisson. ». Au Chiapas, « le gros poisson »
sont les zapatistes, et « l’eau », la société
civile de Las Abejas. Il s’agit de détruire l’eau
pour que se meure le poisson. Respectant en apparence la trêve,
les militaires ne vont pas déranger les insurgés, mais
ils vont créé des groupes de choques, des milices parallèles
qui vont propager la terreur dans la société civil. Ce
seront les paramilitaire. Ils détruiront le lien social et culturel
de leurs propres communautés, suscitant des division dans les
communautés jusqu’aux familles, car le comble du cynisme
du gouvernement fut le fait de monter les indigènes contre les
autres. A Chenalho, la majorité des paramilitaires sont de jeunes
indigènes de la même ethnie qui, à cause de l’explosion
démographique, ne possèdent ni terre ni travail (…).
C’est à cause de ça qu’ils sont facilement
récupérables et prêts pour l’armée
ou la police quand on leur offre des armes, de l’argent et de
la drogue. De plus ils profitent du butin lorsqu’ils détruisent
et pillent les communautés. A part les méthodes de lavage
de cerveaux, la Police utilise des vidéos pornographiques pour
impulser les paramilitaires à violer.
Le 7 août 1997, pour la première fois dans la municipalité
autonome de Chenalho, on m’invite à célébrer
une messe et quelques baptêmes.(…) Je me retrouve donc à
Los Chorros, avec André (Aubry) et Angélica (son épouse)(…).
On entendit de nombreux coups de feu (…). Petul (la personne qui
nous hébergeait), nous dit – Je ne sais pas ce qu’il
se passe à Puebla mais depuis plus d’un mois, chaque nuit,
on entend es détonation d’armes automatiques et il n’apparaît
jamais des morts ou des blessés. Nous comprime après qu’il
s’agissait d’un entraînement des paramilitaires.
En effet le 19 septembre les paramilitaire
réalisaient leur premiers fait à Los Chorros, incendiant
70 maisons, celles des partisans du PRD, et celles des sympathisants
de l’EZLN. Depuis ce jour, ils allaient semer la terreur dans
plus de quinze villages de Chenalho. Leur tactique est la suivant, arrivé
en tirant des balles en l’air pour terroriser les gens, l’obligeant
à fuir (…), voler les maisons, et ensuite mettre le feu
avec de l’essence. Avec leur butin (Café, maïs, vêtement,
machettes, poules, (…) parfois mules et chevaux) ils retournent
dans leur base, passant souvent à coté des campements
de l’armée et de la police qui les laissent faire en toute
impunité. Les paramilitaires vont vendre le fruit de leurs vols
au municipio voisin, Pantelho. Ceci leur procure de l’argent pour
acheter des armes et des munitions. Leurs victimes sont toujours des
communautés appartenant à la société civile
de las abejas. (…)
Du 19 septembre jusqu’au
22 décembre, des milliers de campesinos vont chercher refuge
dans la montagne, exposés aux intempéries, dans la boue,
ils cherchent à se défendre des pluies torrentielles,
construisant des toit précaires avec des branches et des feuilles
de bananiers (…). Beaucoup avaient les pieds et les jambes cassées,
et les vêtements coupés par les épines du chemin.
La majeure partie d’entre eux se sont réfugiés près
du Municipio autonome de Polho, à X’oyep, où ils
seront rapidement plus de 6 000. D’autres se réunissaient
à Actéal, Poconichim, Tzajalchen ou Chimix. Certains,
commençaient à aller jusqu’à San Cristobal,
à la maison des sœur du Divin Pasteur. Les déplacés
représentaient le tiers de la population totale de Chenalho.
(…)"
"Laz Andanzas de Miguel
Chanteau"
Par Michel Chanteau -
Traduit par Espoir Chiapas