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Bulletin de presse du Centre des droits de l'homme San Cristobal - Présenté lors de la conférence sur le massacre d'Actéal du 17 novembre 2007

Acteal : aucun engagement gouvernemental avec
la vérité et les droits de l’Homme

Le massacre, qui s’est produit le 22 décembre 1997, a coûté la vie à 45 personnes, en majorité des femmes et des enfants. Pour sa gravité, cet évènement ne doit ni être minimisé, ni tomber dans l’oubli. Toute tentative pour oublier ou atténuer ce qui s’est produit n’a d’autre effet que de favoriser l’impunité des responsables matériels et intellectuels, tout en cherchant à dispenser l’Etat de toute responsabilité directe dans ce crime.

• L’attitude gouvernementale a consisté à refuser la justice ainsi que le droit de connaître la vérité, ce qui démontre un manque d’engagement dans le respect plein des droits de l’Homme, comme nous l’avons signalé à de plusieurs occasions.

• L’Etat n’a pas reconnu que l’évènement a eu lieu dans le cadre d’une stratégie contre les insurgés ayant pour but d’épuiser le mouvement zapatiste.

• En laissant ce cas dans l’oubli, il existe le risque sérieux que les évènements d’ Acteal se répètent, cette fois sous prétexte d’un combat gouvernemental contre le narcotrafic ou la guérilla.

• L’ Etat est dans l’obligation d’assumer la responsabilité de l’éclaircissement et de l'enquête des faits qui se sont produits le 22 décembre 1997.

Une des principales difficultés pour atteindre une justice complète dans le cas d’Acteal repose sur le refus de l’Etat mexicain de reconnaître que les faits ont eu lieu dans le cadre d’une stratégie contre les insurgés, stratégie destinée à faire cesser le soulèvement zapatiste du premier janvier 1994. Le massacre n’a pas été un évènement isolé, de nombreux faits antérieurs ont conduit à ce terrible évènement. Il convient notamment de citer le déplacement de milliers de personnes ainsi que les assassinats perpétrés pendant les années 1996 et 1997 sur le territoire de Chenalhó, au Chiapas.
Malgré le fait que diverses organisations aient fourni de nombreux documents à propos de l’existence de groupes paramilitaires comme faisant partie de la stratégie contre les insurgés appliquée par le gouvernement mexicain, cette même stratégie n’a jamais été reconnue de manière officielle. En effet, la reconnaître conduirait nécessairement à accepter que le massacre a été une conséquence directe de la politique de l’Etat.

Sur le point d’atteindre les 10 ans du massacre d’Acteal, ce thème a pris de l’importance dans la presse, en partie grâce à une série d’articles d’Hector Aguilar Camín dans la revue Nexos. L’auteur y délégitime les versions des victimes en présentant une nouvelle histoire. Divers acteurs, dont nombre d’entre eux se sont distingués dans l’accompagnement aux victimes, ont signalé cet article comme faisant partie d’une campagne juridique et médiatique qui cherche à excuser les auteurs matériels du massacre et surtout de dégager de responsabilités l’Etat mexicain, principalement l’ex-président Ernesto Zedillo et l’ex gouverneur du Chiapas Julio César Ruiz Ferro/ Celui-ci a démissionné le 7 janvier 1998 avec des fonctionnaires de son administration, et jusqu’au jour d’aujourd’hui, n’a pas rendu de comptes devant la justice.

Pendant le gouvernement d’Ernest Zedillo, des enquêtes sérieuses n’ont pas été menées sur la tuerie d’Acteal, et les gouvernements successifs non plus n’ont pas assumé leur responsabilité pour éclaircir totalement le crime. Depuis les instances gouvernementales, on a cherché à nier la responsabilité de l’Etat, en incluant la participation de l’armée avec laquelle on a éludé les recherches sur les commanditaires du crime, en laissant ce thème seulement au jugement des auteurs matériels de la tuerie.

Au Mexique on continue de violenter la société civile qui se mobilise pour organiser des demandes légitimes par rapport à des situations qui requièrent l’attention des autorités. Comme preuve de cette attitude, nous pouvons citer les cas de Guadalajara, San Salvador Atenco et Oaxaca, ainsi que l’existence d’un climat difficile pour les indigènes du Chiapas qui sont « incités » à quitter leur lieu d’origine. Cette situation s’explique en partie par la participation militaire dans le combat du narcotrafic et par la guérilla, qui ont impliqué la torture et le viol de femmes.

En ce qui concerne le massacre d’Acteal, le gouvernement a refusé la justice ainsi que le droit de connaître la vérité des faits. A ceci doit s’additionner « l’omission » gouvernementale de ne pas faire intervenir la police de sécurité publique qui se trouvait à 200 mètres du lieu où se sont passés les faits. Les commanditaires n’ont pas été punis et tant que ne sera pas reconnue l’existence de groupes paramilitaires, les conditions pour permettre que des faits si sombres puissent se répéter se maintiendront.

Pour ce qui précède nous exigeons:

Justice pour les familles des victimes décédées et pour ceux qui ont été blessés lors de « l’affaire Acteal »

Que l’Etat mexicain assume sa responsabilité dans les évènements d’Acteal et que les faits soient éclaircis, que les responsables soient sanctionnées et les victimes dédommagées.

L’arrêt des menaces des groupes paramilitaires, des troupes régulières ou de la police contre les communautés et les organisations situées sur le territoire du Chiapas.

• Que l’actuelle administration Fédérale donne des preuves claires de son engagement pour les droits de l’homme, en profitant de cette opportunité historique pour s’engager dans l’éclaircissement des faits.

Dans le même temps nous espérons que la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme prononce l’admissibilité du cas Actaal, ce qui pourrait contribuer à faire cesser l’impunité et à empêcher que de nouveaux faits se produisent.

Les signataires ci-dessous considèrent comme une préoccupation principale les positions qui cherchent à atténuer la gravité des faits, comme une marque de la faible détermination pour atteindre la vérité à propos de ce qui s’est produit.

Dix ans après ce qui s’est produit à Actéal, on continue d’espérer la justice pour toutes et tous, la sanction des responsables et la réparation du tort fait aux victimes ; ce qui montre le manque d’engagement de l’Etat Mexicain dans
le respect total des droits de l’Homme.

Signataires:
La société civile “las Abejas”
Centre de droits de l’Homme
Centre de droits de l’Homme Fray Batolomé de Las Casas
Front du Peuple pour la défense de la terre
Réseau solidaire « décade contre l’impunité »
Secrétariat international de solidarité Oscar Arnulfo d’Amérique Latine (Siscal)
Services et conseils pour la paix (Sérapaz)