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REPORTAGE. Dix ans après Acteal

La Jornada octobre 2007
de Hermann Bellinghausen


"Je préfère que l'Histoire se souvienne de moi en tant que répresseur plutôt que de signer des accords avec l'EZLN", tel fut le message tenu alors par l'Etat major rebelle. "


Entre le 23 Décembre 1997 et les premiers jours de 1998, l'EZLN émet plusieurs communiqués qui révèlent le résultat de leurs propres investigations sur le massacre. D'entrée, l'Etat major accuse les membres du PRI "soutenus par les gouvernement federal et du DF". En accord avec les transmissions radiales du gouvernement du Chiapas interceptées par l'EZLN, "aux abords d'Acteal et au moment où se déroulait le massacre, des policiers de la Sécurité Publique ont soutenu l'agression et dans la soirée, ils ont ramassé les cadavres pour tenter de cacher l'ampleur du massacre" (24 décembre).

"Monsieur Julio César Ruiz Ferro" a été tenu informé à tout moment du développement de l'opération, au moins depuis midi, le 22 décembre, alors que le massacre avait commencé il y avait déjà une heure. Approuvé par les gouvernements fédéral et du DF, l'attaque se précisa le 23 au cours d'une réunion de paramilitaires de Los Chorros, Puebla, La Esperanza et Quextic" poursuit le premier des quatre communiqués zapatistes.

"La responsabilité directe des faits sanglants repose sur Ernesto Zedillo Ponce de Leon y sur la Secrétariat du Gouvernement, qui depuis deux ans, donnèrent leur feu vert au projet de contre-insurrection présenté par l'Armée fédéral. Ce projet essaie de déplacer la guerre zapatiste vers un conflit entre indigènes, motivé par des différences religieuses, politiques et ethniques. Pour le mettre en place, ils financièrent l'équipement, l'armement et l'entraînement militaire dispensé par des officiers de l'Armée fédérale aux indigènes recrutés par le PRI. Pour laisser le temps nécessaire à la formation de ces escadrons de la mort, le gouvernement mexicain dessina une stratégie parallèle de renforcement de la présence militaire sur place ainsi que de dialogue simulé sans aucune intention de mettre en oeuvre les décisions prises. Le gouvernement du Chiapas fut chargé de garantir l'impunité des groupes paramilitaires et facilita l'opération dans les principales zones rebelles".

Comme preuve de sa "volonté de paix", Ernesto Zedillo envoya des menaces à l'Etat major de l'EZLN à travers ce message: "Je préfère que l'Histoire se souvient de moi en tant que répresseur plutôt que de signer des accords avec l'EZLN". Cette promesse, il l'a effectivement tenue. L'Histoire se souviendra effectivement de lui comme étant l'assassin d'indigènes et il a bel et bien sur les mains souillées par le sang du massacre d'Actéal".

Aucun indigène n'avait d'armes

Dans un second communiqué (27 décembre), l'EZLN fait part de l'avancée de ses investigations. "Aucun réfugié n'avait d'armes à feu", souligne-t-il. En revanche, tous les attaquants en avaient et certains même disposaient d'armes blanches. La plupart des armes étaient des AK-47 et de calibre 7.62 x39. Les armes courtes ou pistolets étaient de calibre 22 long rifle.

"Avant que ne commence le massacre, les véhicules des paramilitaires furent détectés par des bases d'appui de l'EZLN. Ces dernières se chargèrent d'aller avertir les réfugiés d'Actéal pour qu'ils sortent et qu'il alertent la Commission Nationale d'Intermédiation (Conai). Un groupe d'environ quinze personnes décida de sortir alors que les autres non, convaincus que n'ayant rien fait de mal, personne ne pouvait leur en vouloir.

"Le 22 décembre à midi, au début de l'attaque et des premières détonations, les bases d'appui de l'EZLN se mirent en contact avec la Conai pour les informer. La Conai leur répondit qu'elle allait en informer le Gouvernement. A midi, le 22, le Gouvernement reçut effectivement la plainte. A 19h, un nouvel appel fut lancé, ce à quoi le Gouvernement répondit qu'il maîtrisait la situation.

"Le comando paramilitaire, auteur du massacre, se déplaça en véhicules appartenant à la municipalité priiste de Chenalho et à des particuliers. Tous les agresseurs portaient des uniformes de couleur sombre. Les véhicules ainsi que les armes, uniformes et équipements furent financés grâce aux fonds provenant du Secrétariat au Développement Social. Une fois l'attaque terminée, les agents de la Sécurité publique ramassèrent les corps et les firent disparaître dans une grotte et dans le fonds d'un ravin".
L'état major zapatiste exposa plusieurs conclusions. Il ne s'agit pas d'un conflit religieux ni ethnique :"Il ne s'agit pas d'un affrontement, contrairement à la version soutenue par les gouvernements fédéral et du DF. Les morts n'étaient pas armés. Il n'y eut donc pas d'affrontement armé. Ce fut ni plus ni moins une exécution".

L'objectif était "d'en finir avec eux", qu'il ne reste aucun témoin: "Le plan du gouvernement était que ce fait ne soit pas du domaine public. Les autorités d'abord voulurent nier le massacre avant de la minimiser.Maintenant ils veulent semer le trouble dans l'opinion publique quant à la véritable cause du crime".

Pour l'EZLN, "il est évident que les agresseurs était militairement entraîné comme un "commando spécial". Ses armes, équipements et uniformes en témoignent. Ils révèlent en effet qu'il s'agissait d'une action concertée, préparée et dirigée par des personnes ou instances qui ne participèrent pas directement.

"Depuis le début de la détérioration de la situation sociale dans le Chiapas, résultat de la stratégie de contre-insurrection du gouvernement, le CCRI-CG de l'EZLN orienta ses bases d'appui afin d'éviter à tout prix l'affrontement entre indigènes. L'objectif du gouvernement étant lui, de nous faire changer de cible et de provoquer des affrontements entre nous. C'est pourquoi, chaque fois que nous avons été agressés nous avons répondu de façon non violente et avons eu recours à la Conai et la presse nationale et internationale.

"Une chaîne de télévision rapporta objectivement les conditions de persécution et de harcèlement que subissent les habitants de Chenalho. Tous les témoignages dénoncèrent la présence et l'action des "gardes blanches". Le sécrétaire du Gouvernement, quant à lui, contesta "le ton partial" de cette information et s'opposa à sa diffusion ", selon l'EZLN.
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"D'après les évidences observées, on déduit que le crime d'Actéal fut préparé à l'avance, sous la direction des autorités de l'Etat et avec la complicité de plusieurs secrétariats du gouvernement fédéral, notamment ceux de l'Intérieur, du Développement social et de la Défense ainsi que les directions national et chiapanèque du PRI.
"La guerre actuelle de Chenalho n'a pas commencé dans les années 30. Elle a commencé en août 1995, lorsque les gouvernements fédéral et national adoptèrent ensemble une position antizapatiste. Auparavant, un an et demi après le 1er janvier 1994, la cohabitation pacifique entre les différents partis politiques avait été possible. Il y a encore quelques mois, les autorités oficialistes de Chenalho étaient arrivées à un accord de respect mutuel et de tolérance avec les autorités autonomes. Mais l'ordre d'en finir avec les rebelles est arrivée".
Analyse de balistique

Au début de 1998, l'EZLN ajoute (le 15 Janvier): "D'après les blessures que présentent certains survivants, l'analyse des impacts dans les constructions d'Actéal et les études de balistique, les paramilitaires utilisèrent aussi des armes d'un calibre de 5.56 milimètres(...)".Parmi les armes de ce calibre, il existe le fusil automatique M-16 (R-15 dans sa version semi automatique) que les agents de la Sécurité Publique utilisent actuellement".
Selon des conversations radiotéléphoniques interceptées par l'EZLN, "le Sécrétariat du Gouvernement donne actuellement des ordres à ses sicaires, dans les Altos, pourqu'ils se cachent. Ils leur disent d'enterrer leurs armes et qu'ils attendent "que le problème soit réglé". "il faut attendre qu'ils en aient assez et que les protestations se calment" dit une voix métisse qui transmit les indications au bureau du PRI de Chenalho. La communication interceptée provient du numéro: 8-48-33. Il semble que ce dernier soit du bureau du Gouvernement du Chiapas, à San Cristobal.
La présence massive de l'Armée "a stimulé les paramilitaires, qui menacent maintenant d'attaquer d'autres groupes de déplacés. C'est ce qui explique que des milliers d'indigènes aient trouvé refuge à Polho" où l'on dénombre 4273 réfugiés alors quelque 2440 autres sont particulièrement isolés et donc des cibles idéales pour une nouvelle attaque", souligne l'EZLN.

Dans les premiers jours de janvier 1998, l'Armée occupe Aldama, Morelia, Yaltchiptic,San Caralampio, 10 de Abril ainsi que d'autres communautés zapatistes dans la forêt lacandone et dans les Altos et assiège La Realidad sept heures durant. La guerre n'est pas finie.