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L’émigration
mexicaine vers les Etats-Unis est devenue un symbole des migrations
Nord-Sud : la pauvreté, les inégalités, l’absence
de travail décent contraignent chaque année des centaines
de milliers de personnes à prendre la route des Etats-Unis, souvent
au péril de leur vie.
La mondialisation néolibérale,
en accentuant la concentration des richesses entre les pays et à
l’intérieur des pays, a provoqué l’augmentation
de ces flux migratoires tout autour du globe. En réaction, les
réflexes xénophobes se sont renforcés pays riches,
horrifiés par la perspective d’une invasion de leur petit
coin de paradis par ces hordes de la misère. Loin de chercher
à résoudre les inégalités abyssales qui
alimentent cet exode, les gouvernements occidentaux hérissent
leurs forteresses. L'immigration clandestine, en particulier, fait actuellement
l'objet d'une criminalisation justifiant une surenchère sécuritaire.
Au début de l'année 2006, le Sénat américain
a voté une loi prévoyant le renforcement des effectifs
de la border patrol et l'extension du mur frontalier sur plus de 600
km. Cette décision a provoqué la consternation des Mexicains,
qui sont plus de 12 millions à vivre aux Etats-Unis. Au-delà
de l'enjeu économique – les renvois d'argent par les migrants
installés aux Etats-Unis représentent la 3ème source
de devises du pays, dépassant les revenus du tourisme international
–, ce sont les conditions de passage des migrants qui sont en
jeu ; le renforcement de la sécurité frontalière
n'arrête pas les flux illégaux mais les déplace
vers les zones désertiques, renforçant ainsi l'activité
des passeurs clandestins. Au cours des 10 dernières années,
plus de 3000 migrants sont morts lors de la traversée, victimes
de déshydratation, d'hypothermie ou de morsures venimeuses.
Le paradoxe mexicain
consiste à être à la fois en situation de victime
et de répresseur : en effet, le Mexique n'est pas seulement un
pays de départ pour les migrants nationaux, il est aussi une destination
et un lieu de passage pour des centaines de milliers de personnes en provenance
d'Amérique centrale – et plus rarement d'Amérique
du Sud. Durant les décennies 1970 et 1980, le Mexique a accueilli
de nombreux réfugiés des conflits armés au Nicaragua,
au Salvador et au Guatemala, ainsi que des opposants aux dictatures du
cône Sud ; depuis les années 1990, les migrations sont essentiellement
économiques, et le Mexique est la zone de transit obligatoire vers
l'eldorado américain. Parallèlement, la politique du gouvernement
vis-à-vis de l'immigration a pris un virage répressif, et
le Mexique s'est converti en poste de garde avancé des Etats-Unis.
Ainsi, en 2005, plus de 240 000 migrants illégaux ont été
expulsés du territoire mexicain, dont près de 99% sont Centre-américains.
De fait, le durcissement de la politique migratoire mexicaine est piloté
depuis les Etats-Unis.
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